1. Le sujet
En Europe, pendant les années cinquante, un homme lambda, Monsieur B, cherche désespérément à rendre sa vie digne d’intérêt aux yeux des autres. Cette bataille a lieu chaque matin dans le compartiment du train où prennent place les travailleurs. Chacun tente d’attirer l’attention des autres. Une véritable surenchère de faits-divers et d’histoires incroyables s’étalent pour remporter le scoop du jour et bénéficier ainsi d’un quart d’heure de célébrité…
Les noms des personnages ont volontairement été réduits à une simple lettre, afin de montrer qu’ils sont les représentants d’une société quelconque. Ainsi les 4 passagers du train : Monsieur O, Madame S, Mademoiselle M, Jeune Monsieur D et le collègue de bureau Monsieur G encadrent l’histoire de la vie désolante et allant de mal en pis de Monsieur B.
Comment donner un sens à notre existence et quel sens lui donner? C’est cette question que souhaite mettre en lumière Elisabeth Gustafsson dans La 7ème poule.

2. L’auteur
La 7ème poule est une adaptation libre de la nouvelle du même nom faisant partie du recueil publié en 1914 Beasts and superbeasts de l’écrivain britannique Saki, de son vrai nom Hector Hugh Munro.
Né en Birmanie, H.H. Munro emprunte le nom de Saki à un poète persan et s’inscrit d’emblée comme un écrivain hors du commun. De retour de Birmanie, il est élevé en Angleterre par deux tantes acariâtres et se forge une image assez épouvantable de ce pays et de ses moeurs. Auteur de nombreuses nouvelles et de deux romans dans lesquels il dresse un portrait au vitriol de la société britannique, Saki est principalement connu pour son humour cinglant et son cynisme ravageur. Journaliste au Morning Post, Saki voyage à travers l’Europe avant de s’engager dans l’armée pendant la Première Guerre mondiale où il trouvera la mort en 1916. Figure controversée, Saki n’en demeure pas moins un écrivain important de sa génération.
Elisabet Gustafsson a su s’approprier l’univers de Saki en recentrant la nouvelle sur la vie de Monsieur B en le faisant passer par de multiples situations, lui proposant plusieurs choix avant de sceller le destin tragique qui s’abat sur lui à la fin. La réalisatrice se distingue clairement de Saki en proposant un point de vue plus humaniste, moins défaitiste.

3. L’univers du film
Elisabet Gustafsson a souhaité situer l ‘histoire du film dans les années 1950 en faisant appel notamment au courant architectural, appelé « fonctionnalisme », apparu au début du XXe siècle et affirmant que l’apparence d’un bâtiment doit dépendre de sa fonction. Grande admiratrice de Jacques Tati, la réalisatrice s’inspire du cinéaste, se jouant des oppositions sociales, des décors contraires et des références d’époques différentes pour créer un univers visuel singulier renforçant l’absurdité du propos du film.